Comme promis à Laure, je vous livre ici la préface de mon oeuvre "Dominus illuminatio mea", telle qu'elle figure au début de mon manuscrit:Cette composition est librement inspirée du psaume 56 :
Pitié, mon Dieu, pitié pour moi !
En toi je cherche refuge,
un refuge à l’ombre de tes ailes,
aussi longtemps que dure le malheur.
Je crie vers Dieu, le Très-Haut,
vers Dieu qui fera tout pour moi.
Du ciel, qu’il m’envoie le salut :
(mon adversaire a blasphémé !).
Que Dieu envoie son amour et sa vérité !
Je suis au milieu de lions
et gisant parmi des bêtes féroces ;
ils ont pour langue une arme tranchante,
pour dents, des lances et des flèches.
R/ Dieu, lève-toi sur les cieux :
que ta gloire domine la terre !
Ils ont tendu un filet sous mes pas :
j’allais succomber. *
Ils ont creusé un trou devant moi,
ils y sont tombés.
Mon cœur est prêt, mon Dieu, +
mon cœur est prêt ! *
Je veux chanter, jouer des hymnes !
Éveille-toi, ma gloire ! +
Éveillez-vous, harpe, cithare, *
que j’éveille l’aurore !
Je te rendrai grâce parmi les peuples, Seigneur,
et jouerai mes hymnes en tous pays.
Ton amour est plus grand que les cieux,
ta vérité, plus haute que les nues.
R/ Dieu, lève-toi sur les cieux :
que ta gloire domine la terre ! Cette composition s’enracine également dans mon propre vécu, personnel, artistique et spirituel. Trois dimensions qui convergent vers trois lieux désormais essentiels dans ma vie :
- la cathédrale de Soissons
- les sanctuaires de Lourdes
- l’abbaye bénédictine de Jouarre.
Cette œuvre musicale se veut avant tout un acte de foi, l’affirmation d’une conviction :
« Dominus illuminatio mea » « Le Seigneur est ma lumière ».
Oui, le Seigneur Dieu est ma seule lumière, mon seul refuge.
Tel un phare dans la tempête, au milieu des turbulences de la vie, des incompréhensions, des doutes et découragements, le Seigneur est là. Et la foi catholique à laquelle j’adhère pleinement m’aide à retrouver la lumière lorsque je n’y vois pas clair. Cette lumière brille sans cesse et reste le seul repère sûr et solide.
Mais, parfois, je ne sais pas la voir, je ne sais pas l’entretenir alors qu’elle est enfouie en moi,
alors que, par une vie droite et généreuse, je suis, à ma façon, appelée à devenir lumière pour les autres, en humble témoin d’un Dieu d’amour et de pardon.
Il s’agit, cependant, d’un effort difficile, parfois même d’un combat, de tous les instants :
dans les périodes difficiles, on est parfois tenté de chercher à tout résoudre seul avec des moyens exclusivement humains, en s’affolant dans tous les sens et en oubliant de faire confiance en Dieu et en ceux qui vous entourent et vous soutiennent souvent discrètement, mais sûrement …) ;
de même, dans les événements les plus heureux, il faut veiller à ne pas se tromper de Dieu, à ne pas se détourner du Seigneur …
Mais, à chaque fois, lui, le Dieu fidèle, me sauve et me relève …
La prière apparaît comme le moyen le plus sûr d’entretenir une relation d’intimité avec le Seigneur, afin que de ne vivre que de lui.
Les psaumes sont emblématiques de cette quête incessante du croyant, chez qui peuvent se succéder des états d’âme contrastés.
Le psaume 56 peut paraître, au premier abord, sans rapport immédiat avec le titre de ma composition (qui fait plutôt penser au psaume 26). Et pourtant, pour moi, les lignes de ce psaume sont continuellement habitées par la présence, cachée mais bien réelle et bien vivante, de cette lueur …
Et cette lueur d’espérance, c’est bien le Seigneur Dieu, Père, Fils et Esprit.
Dans ce psaume, le croyant passe de façon plutôt brutale, voire déconcertante, de la supplication, de désespoir, à la confiance et à l’action de grâce – louange à laquelle participent les instruments de musique (il est ici question de « harpe » et de « cithare », mais on pourrait tout aussi bien y mettre le mot « orgue »).
C’est aussi une affirmation de disponibilité et de don de soi, à renouveler sans cesse (il s’agit de faire un choix, de prendre une décision) : « Mon cœur est prêt ».
Tandis que s’élève par deux fois ce cri, toujours d’actualité dans le monde d’aujourd’hui : « Dieu, lève-toi sur les cieux, que ta gloire domine la terre ».
Ce psaume me touche de près dans mon propre cheminement. La méditation que j’en ai faite, l’interprétation que j’en donne, se sont traduites en idées musicales,
La musique demeurant pour moi un moyen d’expression privilégié, un langage universel qui dit l’indicible et va chercher dans les profondeurs.
Ainsi ont jailli en moi différents éléments thématiques qui fournissent le matériau musical de la pièce :
- le motif de la supplication
- Refrain (« Dieu lève-toi sur les cieux … ), dont la rythmique suit le texte comme s’il était parlé ou chanté
- Motif de la confiance
- Motif de la louange
A cela s’ajoute un motif essentiel, qui parcourt toute la partition, motif issu du système anglo-saxon faisant correspondre les lettres de l’alphabet et les notes de musique : CHRIST .
Enfin, dans la partie centrale, celle où tout « bascule » du point de vue du climat harmonique notamment, la citation d’une mélodie grégorienne se veut illustration d’une paix intérieure profonde et durable :
C’est parfois au milieu des tourments que survient la vraie rencontre, inattendue, bouleversante, mais si réconfortante.
Il s’agit de la deuxième antienne des Vêpres de Pâques.
Le chant grégorien est aux racines de la musique occidentale et reste une référence dans le monde catholique. Par son caractère immuable, il demeure une source d’inspiration féconde encore aujourd’hui.
Cette antienne grégorienne fait référence à un événement central : la résurrection du Christ.
C’est aussi pour moi l’évocation d’un mémorable Octave de Pâques à Jouarre en 2003 …
Le compositeur espère néanmoins, qu’au-delà du témoignage spirituel, cette partition présente un intérêt musical et ne déconcertera pas les organistes et auditeurs dont les convictions seraient différentes (et que je tiens à assurer de mon profond respect).
Cette oeuvre a été pensée pour un grand orgue néo-classique possédant un combinateur, tel l’instrument de la cathédrale de Soissons dont j’ai la joie d’être titulaire depuis le 7 janvier 2001 (clôture du Grand Jubilé de l’an 2000) et dont nous fêtons cette année le cinquantenaire (sa construction par Victor Gonzales a été achevée en 1956).
Isabelle Fontaine
A Pleslin-Trigavou, le 29 août 2006.
La dédicace de la pièce::
A M.l'abbé Xavier Givert,
curé de la cathédrale de Soissons de 1995 à 2006.
En témoignage de ma respecteuses amitié et de ma profonde reconnaissance,
après six années de collaboration sur un chemin de beauté et de confiance.
______________________________________________________
Voilà !
... J'aurais bien voulu intégrer quelques notes de musique pour les thèmes ...
N'hésitez-pas à me poser des questions !